Le Tardif

Nouvelle
Impression
10 pages
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2019





Le Tardif est une nouvelle de science-fiction qui accompagne le film The Sunstill et décrit l’histoire d’un personnage fictif à la poursuite du coucher du soleil à bord d’un vaisseau supersonique perpétuellement en vol.
Le récit est construit comme un carnet de bord à la dérive, dans lequel les pensées philosophiques et poétiques du personnage vont croiser la notion d’immortalité, cette volonté de lutter contre la fin des jours, le jet-lag et l’effet de simultanéité, des poussières des volcans et le champ chromatique dans l’atmosphère, ambition créatrice et recherche d’absolu.














Exposition collective, Format à l’italienne 10
Espace le carré, Lille, 2019
Commissariat : Stefano Miraglia





Entretien avec Stefano Miraglia
commissaire d’exposition indépendant et artiste cinéaste.


Avant d'arriver en résidence à Rome, la trame du Tardif était déjà imaginée mais comme toute narration qui relève de la science fiction, on comprend que cette trame avait besoin d’un dispositif et d’un certain contexte. C'est un outil pour mieux chercher, pour observer les choses - Rome, en l'occurrence - avec un regard différent. Avais-tu pensé à cette fonction-là de la narration comme point de départ de ton projet ? Je pense, surtout, à un texte sur lequel tu es tombé pendant tes recherches, celui de l'anti-fasciste Lauro De Bosis.


En effet l’idée d’un programme aérospatial imaginaire à la poursuite du coucher de soleil était une idée lointaine, une image fantasmée. Et le contexte de résidence à permit de donner une forme et un enrichissement à l’écriture. La nouvelle, même si elle est déconnecté des événements terrestres, est pourtant nourrie par les choses vues et découvertes sur le territoire romain. L’histoire de Lauro De Bosis en fait partie, cet aviateur anti fasciste qui survola les toits de Rome pour y jeter des tracts contre la politique de Mussolini fût d’une inspiration capitale. Il y en a d’autre, l’architecture du cinéma abandonné Airone de Libera inspira l’habitacle de la salle d’observation dans l’avion, les pieds sales dans les tableaux du Caravage l’usure du fuselage, l’histoire du char de Phaeton relu dans les métamorphoses d’Ovide les ambitions destructrices, l’allégorie du Crépuscule de Michel Angle au tombeau des Medicis à Florence l’inachèvement du paysage crépusculaire…


Quel rôle a joué dans tes recherches pour Le Tardif l'acte de se promener tous les soirs à Rome pendant trois mois ?

Les sorties au crépuscule étaient en réalité un point de rencontre temporel entre la ville de Rome et la fiction en train de se dérouler dans les airs. C’est en effet le moment où le vaisseau survol la ville de Rome, c’est donc les seuls instants où la fiction et la réalité se rapprochaient géographiquement. De soir en soir, ce rendez-vous était en dehors des recherches théoriques ou historiques vu la journée. Les images du film sont donc intimement liées aux instants vécus dans l’avion, d’un moins symboliquement. Les deux objets présents dans l’exposition Le Tardif etThe Sunstill, sont imprégnés et liés l’un à l’autre par les ambiances qu’elles dégagent. Il revient aux lecteurs et aux spectateurs de regrouper les indices ou « mystères » présents dans chacun d’eux.


Sur quelles bases as-tu cherché et choisi les lieux que tu as filmés ? As-tu suivi des parcours psycho-géographiques ?

Il n’y avait pas de parcours prédéfini à l’avance, et mon but n’était pas de jouer absolument sur la symbolique des lieux filmés, il y en a, mais pas que. Souvent je filmais où je me trouvais, peut importe l’attrait pour le paysage, je sortais ma caméra et cherchait dans des lieux de vie quotidienne des sortes de signe de la présence d’un déplacement. Tout de même je pourrais citer quelques lieux choisis qui ont eu une importance, la place Lauro de Bosis cité plus haut où se trouve l’obélisque de Mussolini, le parc de Centocelle traversé par une surprenante piste de décollage militaire, les colonnes qui soutiennent la Tangenziale au bord de Pigneto, le village olympique, les vues de l’Observatoire de Rome …


Tous les processus qui sous-tendent la création de ton oeuvre ont pour point commun évident la longue durée (les promenades, le tournage au quotidien, le montage, la durée finale et, bien sûr, cet avion qui n'atterrit jamais). Quelle est ta conception du temps dans ta pratique artistique ? Quel rapport au temps as-tu dans tes créations ?

La question du temps est effectivement présente dans la plupart de mes créations vidéos, j’y attache une grande importance, notamment en relation avec la perception du déplacement, intime ou global. Dans ce projet, cela se manifeste sous plusieurs formes, l’errance géographique à l’échelle de la ville de Rome vu comme paysage d’exploration inépuisable, et le déplacement supersonique, d’une vitesse incroyable et pourtant plongé dans l’immobilité et l’exploration mentale.


Etant donnée la durée de ton film, quel modèle de réception envisages-tu pour les visiteurs ?

Le film dure plus de 6 heures, effectivement cette durée implique une réception partielle. L’idée d’englober un concept plus large que le visible, ou que l’horizon, est pour moi une expérience qui fait intervenir l’imaginaire. Le film comme la mise en espace de la nouvelle forment une sorte de ligne de temps. Un espace dans lequel le spectateur se glisse sans début ni fin.

Filmer et poursuivre le crépuscule pour en restituer son déclin continuellement est pour moi un geste narratif que j’ai tenté de développer dans l’ensemble de mon travail à Rome. Cette idée de mise en suspend d’un instant particulier de la journée forme alors un terrain d’introspection à la fois du mouvement humain, des contextes historiques et politique, mais aussi et une dérive poétique, libre dans le ligne droite.






Lancers d’extraits de la nouvelle Le Tardif, depuis le socle vide de la sculpture Au Loup de Louis Auguste Hiolin aux Buttes Chaumont.
Sur une proposition de Marianne Villière.